Au premier sang versé, Police Nationale d’Haïti




Personne ne sait réellement quel fut le premier être humain dont le sang a été versé sur terre. Je ne me référerai pas à l’histoire de Caïn et Abel. Si vous êtes croyants, vous avez déjà votre réponse. Sinon, rassurez-vous : vous n’êtes pas seuls.

De la même manière, il y eut une toute première victime au sein de la Police Nationale d’Haïti (PNH). Cette fois, je connais son nom… et peut-être que vous le connaîtrez bientôt aussi. Voilà d’où naît mon envie d’écrire.

En 1994, le président Jean-Bertrand Aristide revient d’exil avec le soutien des militaires américains, après le putsch sanglant mené par le général Raoul Cédras en septembre 1991, seulement huit mois après son entrée en fonction.

À son retour, l’une des premières décisions d’Aristide est de dissoudre l’armée haïtienne qui l’avait renversé. Cette dissolution devient effective en avril 1995. Un mois plus tard, la Police Nationale d’Haïti est créée avec l’appui des États-Unis, de la France et du Canada, dans le but de protéger la population et d’assurer la sécurité publique.

En 1996, à peine un an après sa création, de violents affrontements éclatent à Cité Soleil entre la police et « l’Armée rouge ». À noter que ce groupe armé, proche d’Aristide, était composé en grande partie d’anciens militaires ayant conservé leurs armes et se mettant au service de quiconque pouvait les payer.

Deux jours plus tard, le président lui-même se rend à Cité Soleil afin d’apaiser les tensions entre la police et les groupes armés. Une jeune policière de 19 ou 20 ans faisait partie de la délégation qui l’accompagnait : Marie Christine Jeune.

Après plusieurs échanges au cours desquels Aristide évoque la réconciliation et la justice à travers diverses métaphores, il demande à la jeune policière de serrer la main de l’un des chefs de gang présents, surnommé « Général Titi », afin de symboliser la paix.

Marie Christine Jeune refuse catégoriquement. Elle lui répond qu’elle appartient à une force légale et qu’elle ne peut pas serrer la main d’un bandit. Puis elle ajoute :

« Satisfaksyon mwen map jwenn, se lè mwen retire zam gwo fann fwa sa yo nan men mesye yo. Se lè sa map ka fè antant. »

Marie Christine Jeune faisait partie des quinze premières femmes intégrées à la PNH. Sans le savoir, elle venait peut-être de signer son arrêt de mort en osant dire non au président.

Quelques jours plus tard, elle est enlevée par des individus armés. Deux jours après sa disparition, en mars 1996, son corps est retrouvé dans un ravin, une balle dans la tête.

Huit mois plus tard, en novembre 1996, le président Aristide devient père pour la première fois. Après avoir épousé l’avocate Mildred Trouillot en janvier de la même année, le couple donne à leur fille le prénom de Christine Aristide.

Cette coïncidence a longtemps alimenté les interrogations de nombreux Haïtiens : s’agissait-il simplement d’un prénom apprécié par le couple ? D’un hommage symbolique à une jeune femme dont le courage aurait marqué le président ? Ou encore d’une manière d’apaiser une conscience troublée ?

Jusqu’à aujourd’hui, rien n’a jamais été confirmé.

L’assassinat de Marie Christine Jeune demeure une énigme sombre : aucune enquête n’a abouti et personne n’a été arrêté. Dans un pays où les compromis se négocient souvent dans l’ombre, elle avait choisi la lumière de la vérité, quitte à y laisser sa vie.

Auteur : Wydlin Michée Oreste

Sources : AyiboPost⁠ ; Haïti Inter⁠

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